Sale temps pour les défenseurs de la planète

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Wayne Lotter a passé sa vie à lutter contre le braconnage, il est mort assassiné.   Crédit Pams Fondation

Défendre la cause des animaux ou de l’environnement est devenu un engagement à très haut risque. Le prix, la vie.

Les terribles nouvelles s’enchaînent. Après la morts de trois rangers tués dans une embuscade en République démocratique du Congo (RDC), mi-août; dans le Parc national de Virunga, c’est l’assassinat de Wayne Lotter, 51 ans, célèbre défenseur des éléphants en Tanzanie qui bouleverse le monde de la protection de la nature en Afrique. Il a été abattu le 16 août à Dar es-Salaam, capitale économique de Tanzanie alors qu’il circulait en taxi entre l’aéroport et son hôtel. Si on ne sait encore rien des motivations de l’homme qui a tué Wayne Lotter, l’enquête est en cours, ce dernier avait reçu de nombreuses menaces de mort. Surtout depuis qu’il avait créé la fondation de protection de la nature Pams en 2009, une ONG spécialisée dans la lutte contre le braconnage en Tanzanie. Ranger en Afrique du Sud, Wayne Lotter avait poursuit sa lutte contre le braconnage en Tanzanie. Sa fondation, à la pointe de la lutte contre les trafics d’espèces sauvages, s’appuie sur le renseignement, le travail avec les communautés et la gestion des aires protégées.

Lutte contre le braconnage

« Wayne Lotter manquera à la lutte contre le braconnage en Tanzanie. La fondation Pams a aidé à former des milliers de garde-chasses et a soutenu des campagnes d’éducation à la préservation des éléphants autour de la réserve de gibier de Sélous, avec le WWF », a réagi Amani Ngusaru, responsable de WWF en Tanzanie, sur le site de l’ONG.

En Tanzanie, la population de pachydermes a diminué de 60 % entre 2009 et 2014. La fondation Pams estime toutefois qu’une « réduction considérable » du braconnage a été constatée depuis 2014, notamment grâce aux efforts d’une unité tanzanienne d’élite spécialisée dans les crimes « graves » nationaux et internationaux (NTSCIU), dont le braconnage. Cette unité, financée et soutenue par la fondation Pams, s’est notamment illustrée dans l’arrestation de gros trafiquants d’ivoire dont Yang Fend Glan, surnommée « la reine de l’ivoire ». Rien qu’entre 2012 et 2017, plus de 2000 braconniers ont été arrêtés. Dans une interview, Wayne Lotter avait expliqué que ce travail acharné avait permis de réduire le trafic d’éléphants en Tanzanie d’au moins 50 %.

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Défenses d’éléphants saisies en Tanzanie. credit -NTSCIU

Cibles

Les militants de la cause animale sont devenus depuis quelques années des cibles privilégiées. En janvier 2016, Roger Gower, pilote britannique de 37 ans, a été tué dans son hélicoptère : visé par des tirs de braconniers en plein vol de surveillance au-dessus de la réserve animalière de Maswa, attenante au célèbre parc national du Serengeti, dans le nord de la Tanzanie. Depuis plusieurs années, Gower travaillait à l’arrestation des braconniers au sein d’une mission lancée par le Friedkin Conservation Fund et le gouvernement tanzanien.

Les meurtres de personnes défendant la nature face aux braconniers, aux trafiquants, ou aux intérêts industriels, notamment miniers ou pétroliers, ont encore augmenté en 2016, selon le rapport publié (en PDF) en juillet par l’ONG britannique Global Witness. En 2016, au moins 200 d’entre eux ont été assassinés dans le monde, battant le triste record de 2015 (au moins 185 morts). Le chiffre réel est sans doute bien plus élevé, puisque nombre de meurtres ne sont pas signalés. Si l’Amérique latine et l’Asie du Sud-Est sont les régions les plus dangereuses, l’Afrique, victime de l’intensification du braconnage n’est pas épargnée. En RDC, 10 personnes ont été tuées en 2016. L’assassinat reste le moyen le plus dramatique et spectaculaire, en haut de toute une série d’autres méthodes utilisées pour chercher à réduire au silence les environnementalistes  : menaces de mort, arrestations, agressions sexuelles, enlèvements, harcèlement judiciaire…

Harcèlement

A Madagascar, Clovis Razafimalala, connu pour son engagement dans la lutte contre le trafic de bois de rose et coordonnateur de l’alliance Lampogno, a été libéré, en juillet, après dix mois de détention préventive et condamné à cinq années de prison avec sursis, pour des faits qu’il a toujours niés. Dans une interview accordée au Monde, il explique : « Depuis que je me suis engagé dans la défense de l’environnement en 2009, j’ai reçu de nombreux avertissements pour me dissuader de continuer. Ils ont essayé de brûler ma maison. J’ai reçu des menaces de mort. Je ne suis pas le seul. À Madagascar, tous les écologistes ou presque sont menacés ».

Depuis 2010, ce sont près de 1 000 militants écologistes, défenseurs de l’environnement, qui ont perdu la vie pour leur cause. Ils luttaient contre la déforestation, la dévastation minière ou l’accaparement des terres. Ils sont un peu tous à l’image de Wayne Lotter, des héros de notre temps. « Wayne était un héros pour moi, un héros pour beaucoup, quelqu’un qui a consacré sa vie à la protection de la faune d’Afrique », écrit la célèbre primatologue Jane Goodall.

 

Pour aller plus loin : Le dossier du Figaro : « Braconnage et trafics mettent en danger les espèces protégées »

 

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